L’Intelligence Artificielle conseille-t-elle bien les victimes ?

L’intelligence artificielle est-elle un bon conseiller pour les victimes ?

Pendant longtemps, les victimes qui souhaitaient connaître leurs droits effectuaient une recherche sur Internet et consultaient les sites rédigés par des associations, des avocats ou des professionnels spécialisés dans la réparation du préjudice corporel.

Aujourd’hui, les habitudes ont profondément évolué.

De plus en plus d’internautes interrogent directement une intelligence artificielle, qui leur fournit une réponse immédiate, sans qu’ils aient besoin de consulter les sites ayant produit ces informations.

Cette évolution est majeure.

À l’AIVF, nous pensons qu’elle appelle toutefois à la prudence.

Notre objectif n’est pas de critiquer l’intelligence artificielle. Nous l’utilisons nous-mêmes quotidiennement et reconnaissons qu’elle constitue un outil particulièrement performant pour effectuer des recherches rapides, résumer des informations ou orienter une réflexion.

En revanche, lorsqu’il s’agit de défendre les droits d’une victime ou d’évaluer une indemnisation pouvant représenter plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers d’euros, il nous paraît indispensable de conserver un regard critique.

Le principal danger réside dans le fait que les réponses produites par les IA sont souvent formulées avec beaucoup d’assurance. Elles paraissent convaincantes, même lorsqu’elles sont inexactes ou insuffisamment nuancées.

Depuis plusieurs mois, nous soumettons régulièrement aux principales intelligences artificielles des questions relatives à l’indemnisation des victimes.

Nos essais nous ont permis de constater plusieurs erreurs récurrentes qui méritent d’être signalées.

Paradoxalement, cette situation conduit aujourd’hui les associations et les professionnels à consacrer une partie de leur temps à corriger des informations erronées diffusées par les IA, alors que ce temps pourrait être consacré à l’accompagnement des victimes.

Voici quelques exemples.


Les erreurs les plus fréquentes des intelligences artificielles

1. « Faites appel à un avocat spécialisé »

C’est certainement l’erreur que nous rencontrons le plus souvent.

Dans la quasi-totalité des réponses obtenues, les intelligences artificielles recommandent de consulter un avocat spécialisé.

Cette formulation est pourtant trompeuse.

En France, le terme avocat spécialisé ne signifie pas qu’un avocat possède nécessairement une expérience importante dans un domaine précis.

Il désigne uniquement un avocat titulaire d’un certificat de spécialisation délivré dans les conditions prévues par la profession.

Ce certificat ne constitue ni une garantie de compétence pratique, ni une garantie d’expérience.

Or, lorsqu’une victime choisit son avocat, ce n’est pas un titre qu’elle recherche.

Elle recherche avant tout un professionnel ayant traité un grand nombre de dossiers comparables au sien.

Un avocat peut ainsi disposer d’un certificat de spécialisation tout en ayant une expérience limitée en matière d’indemnisation des victimes.

À l’inverse, un avocat peut consacrer depuis vingt ou trente ans l’essentiel de son activité à la défense des victimes sans jamais avoir sollicité ce certificat.

Assimiler systématiquement la compétence à la spécialisation constitue donc une approximation susceptible d’orienter à tort le choix des victimes.


2. Les IA confondent médecins-conseils et médecins experts

Une autre erreur revient très régulièrement.

Les intelligences artificielles évoquent presque systématiquement l’intervention d’un médecin expert.

En réalité, cette terminologie est souvent inexacte.

Dans les procédures amiables d’indemnisation, les médecins qui interviennent pour les compagnies d’assurance ou qui assistent les victimes sont des médecins-conseils.

Le titre de médecin expert est réservé aux médecins désignés par une juridiction.

Employer indistinctement ces deux expressions entretient une confusion qui peut empêcher les victimes de comprendre précisément le rôle de chaque intervenant au cours de la procédure.


3. Les estimations d’indemnisation doivent être interprétées avec prudence

Les intelligences artificielles proposent désormais des estimations chiffrées pour de nombreux postes de préjudice.

Ces montants donnent parfois l’impression d’être particulièrement précis.

Pourtant, ils doivent être accueillis avec beaucoup de prudence.

Ils reposent généralement sur des barèmes ou des données dont l’origine, la date de mise à jour ou la fiabilité ne sont pas toujours connues.

Or, la jurisprudence évolue en permanence.

Les indemnités accordées aujourd’hui peuvent être sensiblement différentes de celles qui étaient retenues il y a seulement quelques années.

Aucun magistrat n’est lié par un barème

Les IA omettent également de rappeler une règle essentielle.

En droit français, aucun juge n’est tenu d’appliquer un barème d’indemnisation.

Chaque magistrat apprécie souverainement le montant de la réparation en fonction des circonstances propres à chaque affaire.

À cela s’ajoute une autre réalité rarement évoquée : les montants accordés peuvent varier de façon significative selon les Cours d’appel.

Deux victimes présentant des séquelles comparables peuvent ainsi obtenir des indemnisations différentes selon la juridiction compétente.

Présenter une somme unique sans rappeler ces éléments essentiels est donc susceptible d’induire les victimes en erreur.


La position de l’AIVF

À l’AIVF, nous utilisons également les outils d’intelligence artificielle.

Ils représentent une aide précieuse lorsqu’ils sont utilisés comme un outil d’information ou d’assistance à la recherche.

En revanche, nous estimons qu’ils ne doivent jamais constituer l’unique source d’information d’une victime.

Lorsqu’une intelligence artificielle répond directement à la place des professionnels ou des associations spécialisées, elle exerce une influence importante sur les décisions des internautes.

Or, notre expérience montre qu’elle peut encore diffuser des informations inexactes, imprécises ou insuffisamment nuancées dans un domaine où les enjeux humains et financiers sont parfois considérables.


Notre recommandation

L’intelligence artificielle peut constituer un excellent point de départ pour obtenir un premier renseignement.

En revanche, avant de prendre une décision concernant vos droits ou votre indemnisation, prenez toujours le temps de vérifier les informations obtenues auprès d’associations compétentes, de professionnels expérimentés ou de sources juridiques reconnues.

En matière d’indemnisation des victimes, une réponse qui paraît convaincante n’est pas nécessairement une réponse exacte.

Et lorsqu’il s’agit de défendre vos droits, une approximation peut avoir des conséquences importantes.