Protection juridique : quand et comment l’activer en dommage corporel



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❓ FAQ — Protection juridique : quand et comment l’activer en dommage corporel ?

1. Qu’est-ce que la protection juridique en dommage corporel ?
La protection juridique (souvent appelée garantie Défense-Recours dans les contrats d’habitation et d’assurance automobile) permet théoriquement de :
• prendre en charge les frais d’avocat,
• financer une expertise,
• aider la victime dans les démarches juridiques.

⚠️ Mise en garde importante : la garantie Défense-Recours n’est pas une protection indépendante.
Elle est gérée par le même assureur qui indemnise… et qui peut donc avoir un intérêt financier opposé à celui de la victime.
Cela crée un conflit d’intérêts structurel.

2. Pourquoi faut-il utiliser la protection juridique avec prudence ?
Parce que, dans la majorité des cas, la protection juridique :
• est gérée par les mêmes services que ceux qui gèrent la responsabilité,
• applique les conventions entre assureurs (IRSA, IDA…),
• se retrouve à être à la fois juge et partie,
• privilégie les intérêts internes de la compagnie plutôt que ceux de la victime.

Cela signifie que la victime est souvent très mal défendue lorsqu’elle s’en remet exclusivement à la protection juridique.

3. Quand activer la protection juridique ?
Elle peut être activée lorsque :
• l’assureur adverse fait une offre insuffisante,
• une expertise nécessite un financement,
• un avocat doit intervenir,
• un recours doit être engagé contre un tiers responsable.

💡 Elle est utile pour se faire rembourser des frais (expertise, avocat), mais elle n’est pas la meilleure solution pour piloter sa défense.

4. Comment activer la protection juridique ?
1. Contacter l’assureur (auto, habitation ou carte bancaire).
2. Demander l’ouverture officielle du dossier de protection juridique / Défense-Recours.
3. Fournir les pièces du sinistre (certificats médicaux, expertise, constat, PV…).
4. Exiger un écrit confirmant la prise en charge.

⚠️ L’assureur peut orienter la défense, ce qui peut être défavorable.

5. Quels frais sont remboursés par la protection juridique ?
Elle peut rembourser :
• les honoraires de l’avocat,
• les frais d’expert médical indépendant,
• les frais de procédure.

💡 Conseil : utilisez-la principalement pour se faire rembourser ces frais, mais pas pour déléguer la stratégie d’indemnisation.

6. Peut-on choisir librement son avocat ?
Oui, absolument.
L’assureur ne peut jamais imposer un avocat, même dans le cadre de la protection juridique.

Il est vivement conseillé de choisir un avocat indépendant, spécialiste du dommage corporel, et non un avocat proposé par l’assureur qui applique les conventions entre compagnies.

7. Pourquoi l’utilisation exclusive de la protection juridique peut nuire à la victime ?
Parce que l’assureur qui gère la protection juridique :
• applique les conventions qui limitent les recours,
• défend les intérêts économiques de la compagnie,
• minimise les coûts de gestion,
• peut limiter les expertises indépendantes,
• n’a aucun intérêt à maximiser l’indemnisation de la victime.

➡️ Résultat : la victime risque une sous-indemnisation importante.

8. Mieux vaut-il défendre soi-même son dossier avec des professionnels indépendants ?
Dans la grande majorité des cas, oui.
La meilleure stratégie consiste à :
• choisir un médecin-conseil de victime indépendant,
• choisir un avocat indépendant spécialisé en dommage corporel,
• utiliser la protection juridique uniquement pour rembourser leurs frais.

Ainsi, la défense n’est pas influencée par les conventions internes des assureurs.

9. Quels sont les risques à laisser la protection juridique gérer seule le dossier ?
• absence d’expertise réellement contradictoire,
• sous-évaluation des préjudices,
• application de conventions défavorables,
• négociation alignée sur les intérêts de l’assureur,
• indemnisation finale très inférieure à ce qu’un avocat indépendant aurait obtenu.
10. Pourquoi contacter l’AIVF avant d’utiliser la protection juridique ?
L’AIVF conseille la victime sur :
• la meilleure manière d’activer la garantie sans se pénaliser,
• la sélection de professionnels indépendants,
• la stratégie d’indemnisation la plus efficace,
• l’utilisation optimale de la protection juridique pour rembourser les frais (et non pour piloter le dossier).

➡️ Objectif : garantir une indemnisation juste et complète, sans influence d’un assureur juge et partie.

 

Mises en garde concernant la protection juridique

Bien que la protection juridique puisse sembler être un outil précieux, il est essentiel d’y recourir avec une grande prudence, car son fonctionnement réel est souvent méconnu.

1. La protection juridique s’appelle aussi “garantie Défense-Recours”

Dans les contrats habitation et contrats automobiles, la protection juridique porte fréquemment le nom de garantie Défense-Recours.
Cette dénomination peut prêter à confusion, car elle laisse penser que l’assureur défendra automatiquement la victime. Pourtant, la réalité est plus nuancée.


2. Un principe théorique : un service indépendant… mais rarement appliqué

En théorie, la garantie protection juridique devrait être gérée par un service indépendant, distinct :

  • du service responsabilité civile,

  • du service indemnisations,

  • de toute hiérarchie en lien avec la gestion du sinistre.

👉 Ce principe vise à éviter tout conflit d’intérêts.

Mais dans la pratique, force est de constater que dans l’immense majorité des cas, ce sont les mêmes services qui gèrent la responsabilité et les recours.
Conséquence :
⚠️ La victime est très mal défendue, car l’assureur se retrouve dans une position ambiguë.


3. Un conflit d’intérêts structurel : l’assureur devient juge et partie

Il faut savoir que les assureurs ont signé de nombreuses conventions entre eux, notamment dans :

  • les accidents de la route,

  • les dommages matériels,

  • les recours entre compagnies.

Ces conventions permettent d’accélérer les remboursements entre assureurs… mais elles ont un effet pervers :
👉 l’assureur devient à la fois payeur et défenseur, donc juge et partie.

Cela signifie que ton propre assureur, censé défendre tes intérêts :

  • cherche en parallèle à limiter ses propres dépenses,

  • applique des accords internes qui ne tiennent pas compte de ton préjudice réel,

  • évite les recours trop coûteux contre d’autres assureurs partenaires.

Le risque est évident :
⚠️ la défense de la victime est moins énergique que si elle était assurée par un intervenant réellement indépendant.


4. Ce qu’il faut vraiment faire : utiliser la protection juridique avec discernement

La protection juridique peut être très utile pour obtenir le remboursement de certains frais, notamment :

  • les frais d’expertise indépendante,

  • les honoraires d’avocat,

  • les frais de procédure.

👉 À ce titre, elle reste un outil intéressant.

En revanche, pour ta défense elle-même, il est fortement recommandé de :

✔️ choisir soi-même des professionnels totalement indépendants

(Avocat spécialisé, médecin expert de victimes, expert technique)

✔️ ne pas se reposer uniquement sur la stratégie de l’assureur

car ses priorités ne sont pas celles de la victime.

✔️ utiliser la protection juridique comme un moyen de financement,

mais non comme un outil de défense principale.


🟢 Conclusion de la mise en garde

La protection juridique / garantie Défense-Recours est utile, mais rarement impartiale.
Elle permet de financer son dossier, mais pas de garantir une défense efficace, car l’assureur :

  • applique des conventions internes,

  • limite ses recours,

  • n’agit pas comme un avocat de la victime,

  • se retrouve souvent en situation de conflit d’intérêts.

👉 La meilleure stratégie est donc de choisir soi-même des professionnels indépendants pour être réellement défendu.

⚖️ Jurisprudence — Protection juridique et dommage corporel

Objet de la protection juridique
Cass. 2e civ., 15 févr. 2018, n° 16-27.740
Cour de cassation, 2e chambre civile

La garantie protection juridique
a pour finalité de permettre à l’assuré
la prise en charge des frais exposés
pour la défense de ses droits,
notamment en matière de dommage corporel,
tant au stade amiable que judiciaire.

Moment d’activation
Cass. 2e civ., 11 juill. 2019, n° 18-16.121
Cour de cassation, 2e chambre civile

La garantie protection juridique
peut être activée dès la naissance du litige,
c’est-à-dire dès l’apparition d’un désaccord
avec l’assureur ou le tiers responsable,
sans attendre l’engagement d’une procédure judiciaire.

Libre choix de l’avocat
Cass. 2e civ., 19 déc. 2013, n° 12-27.824
Cour de cassation, 2e chambre civile

L’assuré bénéficie d’un libre choix de l’avocat
dès lors qu’un conflit d’intérêts existe
ou qu’une procédure est engagée.
L’assureur ne peut imposer
un avocat ou un intervenant déterminé.

Limites contractuelles
Cass. 2e civ., 8 févr. 2018, n° 17-10.325
Cour de cassation, 2e chambre civile

La prise en charge par la protection juridique
est encadrée par les plafonds contractuels.
Toutefois, ces limites ne peuvent
porter atteinte au droit effectif de la victime
d’assurer utilement la défense de ses intérêts.

Indépendance de l’indemnisation
Cass. 2e civ., 28 mai 2009, n° 08-16.829
Cour de cassation, 2e chambre civile

L’activation de la protection juridique
est indépendante du droit à indemnisation
du dommage corporel.
Elle ne limite ni le principe
de réparation intégrale
ni les droits de la victime.